The Gods Must Be Crazy ou les Tribulations d’un Bushman en Afrique

« Le film préserve le passé. »

Phrase prononcée par N!xau devant les enfants d’une école après une projection en 2003 (traduit du khoïsan).

Sorti en France en 1983 sous le titre Les dieux sont tombés sur la tête, je me souviens encore très bien à quel point j’ai pu rire dans la salle de cinéma lorsque j’ai vu ce film. Totalement inclassable, il est à mi-chemin entre le docu-fiction et le film burlesque et a fait découvrir à toute une génération un peuple que la plupart d’entre nous ignoraient jusqu’alors : les Bushmen du Kalahari.

Le scénario

Tout commence lorsque le pilote d’un petit avion de tourisme jette par la fenêtre une bouteille de Coca-Cola® en verre. Celle-ci atterrit dans le désert, non loin d’un Bushman nommé Xi. Ne sachant pas ce qu’est cet objet extraordinaire tombé du ciel, Xi le ramène aux membres de sa tribu qui l’interprètent comme un cadeau des dieux.

La tribu s’approprie la bouteille et lui trouve toutes sortes d’utilisations : pilon, instrument de musique, récipient, etc. Mais très vite l’objet, très pratique, devient indispensable. Chacun des membres de la tribu ne veut plus s’en passer et l’harmonie qui existait auparavant au sein du groupe se transforme vite en disputes. Après une réunion du conseil, Xi, qui a introduit dans le village la pomme de discorde, décide de partir au bout du monde pour s’en débarrasser.

Tribu et bouteille
La tribu de Xi découvrant la bouteille de Coca-Cola®.

Au cours de son voyage pour atteindre l’extrémité du monde, ce sympathique Bushman à la fois plein de naïveté et très lucide sur ce qui l’entoure va découvrir la civilisation et croiser des Blancs pour la première fois, notamment Andrew Steyn – un chercheur installé dans la brousse – et Kate Thompson – une enseignante citadine qui vient prendre son nouveau poste.

Les séquences du film alternent entre les péripéties d’Andrew et de Kate, hilarantes et celles de Xi, tout aussi drôles, le tout sur fond de coup d’État raté.

Xi finira par accomplir sa mission en jetant la bouteille de Coca-Cola® au bout du monde avant de retourner chez lui…

La réalisation et le contexte

The Gods Must Be Crazy est un film botswanais et sud-africain, sorti en 1980. Il a été écrit et réalisé par le Sud-Africain Jamie Uys et financé par l’Afrique du Sud. Cependant, il a été en partie tourné au Botswana, dont il a pris l’étiquette plus « vendeuse » en période d’apartheid (embargo oblige). La scène où Xi lance la bouteille dans l’abîme a été tournée au lieu opportunément baptisé God’s Window, surplombant le Blyde River Canyon.

Dès sa sortie en France et dans le monde, le film a rencontré un énorme succès (près de 6 millions d’entrées), mettant ainsi sur le devant de la scène son réalisateur, Uys, et N!xau, l’interprète de Xi, le Bushman. Il remporta le Grand Prix du Festival de Chamrousse en 1982 et fut nominé pour le César du Meilleur film étranger en 1984. L’engouement fut tel qu’un second opus vit le jour, Les dieux sont tombés sur la tête 2 (1989). Dans ce dernier, le scénario s’organise selon une trame analogue à celle du premier film : Xi part sur les traces de ses deux enfants disparus ; au cours de l’histoire, il sera encore une fois question d’un avion, d’un « couple » de Blancs en pleine nature, et de soldats noirs pas très crédibles…

S’il est vrai que The Gods Must Be Crazy a été un succès planétaire et qu’au premier abord il passe pour une comédie qu’on qualifierait aujourd’hui de « décalée », certaines voix se sont élevées à l’époque pour dénoncer un film appuyant les thèses de l’apartheid car reposant sur le postulat selon lequel les Noirs vivraient plus heureux en étant séparés des Blancs.

Il est peu probable que Jamie Uys ait voulu promouvoir au travers de cette œuvre cinématographique la politique de l’apartheid, mais plutôt montrer comment les Bushmen avaient appris à vivre en harmonie avec la Nature pendant des millénaires (tout au moins avant que les Blancs ne viennent leur imposer un autre mode de vie). Il était très perfectionniste et a mis quatre ans à écrire, tourner et monter Les dieux sont tombés sur la tête. Il a réussi à accentuer l’aspect comique de certains passages en jouant sur la vitesse de projection (brèves accélérations), ou en utilisant un rhinocéros en carton-pâte…

Xi portrait forêt
N!xau dans le rôle de Xi.

N!xau

La plupart des gens ignorent que derrière son sourire, qui ne laissait personne indifférent, se cachait un triste destin.

N!xau n’était pas un acteur professionnel. Il n’avait rencontré que trois Blancs dans son existence et travaillait comme jardinier dans une école du Kalahari avant d’être choisi pour interpréter le rôle de Xi.  Son premier cachet pour Les dieux sont tombés sur la tête fut bien maigre, alors que le film engrangea 66 millions de dollars. Avec cet argent, il acheta quelques têtes de bétail qui finiront presque toutes dévorées par les lions. C’est seulement après le tournage du second film en 1989 qu’il s’offrit une maison avec l’électricité et une pompe à eau, pour lui et sa famille.

Xi âgé
N!xau âgé de 58 ans, peu avant sa mort.

Après avoir joué dans trois autres films – asiatiques – nettement moins mémorables (Crazy Safari (1991), Crazy Hong Kong (1993), The Gods Must Be Funny in China (1994)), il prit sa retraite en Namibie en 1994. Il aimait chasser à l’arc et ne changea pas sa façon de vivre. Il fut retrouvé mort par un ami un jour de juillet 2003, alors qu’il était parti seul ramasser du bois dans la brousse. La tuberculose dont il souffrait depuis des années l’avait emporté à l’âge de 58 ans. Venues de tout le pays, des nombreuses personnes assistèrent à son enterrement. Il repose dans le cimetière de Tsumkwe, le village où il est né.


À VOIR OU À REVOIR

Couverture dvdLe coffret 2 DVD Les dieux sont tombés sur la tête 1 et 2, sorti en 2004, très intéressant non seulement pour les films mais également pour les bonus :

1) Documentaire sur N!xau dans les années quatre-vingt-dix et en 2003, peu avant sa mort, bouleversant, dans lequel on peut voir dans quelle situation d’extrême pauvreté, voire de famine, les populations de Bushmen vivaient à l’époque, et qui nous rappelle que pour certains d’entre-eux les choses n’ont pas beaucoup changé aujourd’hui, quand ils ne sont pas simplement persécutés.

2) Documentaire sur  l’élaboration du film par Jamie Uys (décédé).

4 commentaires

  1. bon article, très agréable à lire, mais il me manque ta critique ! tu en pense quoi du film ? Je l’ai revu l’année dernière, quelques scènes rigolotes mais il a méchamment vieillit selon moi. Le film préserve le passé, mais le future ne préserve pas le film

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    1. Bon d’accord, le film est un peu vintage, mais on constate ce « coup de vieux » en visionnant la plupart des films des années 70 et 80. Cela doit tenir à la mode vestimentaire de l’époque (et capillaire !).
      De plus, le genre comique de situation se démode plus facilement. The Gods Must Be Crazy est certainement moins « accessible » maintenant qu’il ne l’était à l’époque de sa sortie.

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