Tshukudu, une réserve à taille humaine

Jour 3 / Tshukudu Game Reserve

7 août 2016

Après une nuit à chasser le moustique et un copieux petit-déjeuner, Léa et moi allons à la réception du Blyde River Canyon Lodge afin de savoir si Europcar s’est manifesté et a trouvé une solution à notre problème de pot d’échappement. Comme je le craignais, pas de nouvelles (nous sommes dimanche). Nous devons partir rejoindre la Tshukudu Game Reserve, dans laquelle un safari (le premier, enfin !) est prévu l’après-midi. Et je m’imagine mal arriver en fanfare au cœur d’une réserve animalière…

Voyant notre embarras, la réceptionniste demande au jardinier de nous faire une réparation de fortune avec du fil de fer. Ouf ! Nous sommes sauvées. Après de sincères remerciements et quelques pourboires, nous reprenons la route. Nous arrivons à destination en fin de matinée, à temps pour nous installer tranquillement au Tshukudu Game Lodge et prendre nos marques avant le déjeuner sous la véranda avec vue sur le bush.

La réserve

Située près d’Hoedspruit, dans la province du Limpopo, à peu de distance du Kruger NP, Tshukudu est une réserve privée « à taille humaine » qui s’étend sur près de 5 000 hectares. Elle est la propriété de la famille Sussens depuis 1980, qui a investi le terrain d’une ancienne ferme coloniale sur lequel se trouvaient déjà des antilopes et des girafes. Le bush y est remarquablement préservé (acacias et marulas) car les propriétaires sont soucieux du bien-être des animaux qu’ils abritent, et par conséquent du milieu naturel qui leur est nécessaire pour vivre. La gestion de la réserve veille à maintenir cet équilibre (comptage annuel des animaux, surveillance de la végétation et de la pluviométrie, vente d’animaux en surnombre, échanges avec d’autres réserves pour éviter les problèmes de consanguinité).

Les rhinocéros blancs furent parmi les premiers animaux à être introduits dans la réserve, d’où son nom (tshukudu signifie « rhinocéros » en langue sotho). D’autres espèces suivront, très variées, au nombre desquelles figurent les Big Five. L’avifaune y est bien représentée également.

Les guépards

Ce qui fait entre autres la réputation de cette réserve privée, ce sont ses guépards. En effet, si nous sommes allées à Tshukudu, ce n’est pas un hasard. C’est parce que j’avais vu un jour un reportage montrant ces félins somptueux, sans conteste mes préférés, que l’on pouvait approcher ici de très près. J’allais pouvoir réaliser un rêve, un autre (Léa et moi avons eu la chance d’en faire autant avec des loups au Canada).

Il y a actuellement à Tshukudu trois guépards, en totale liberté, qui évoluent à leur guise entre le lodge et le bush. Ils ne sont contraints par rien d’autre que la clôture de la réserve. Leur mère, qui s’appelait Savanna, a été tuée par des lions lorsqu’elle était âgée de douze ans. Elle avait auparavant donné naissance à quatre guépardeaux (deux mâles et deux femelles) en mars 2009. Malheureusement, l’une des femelles, Tequila, a été tuée accidentellement par une voiture. L’autre femelle, Ntombi, a été rejetée à la naissance par sa mère et a dû être nourrie et élevée par Chris Sussens et sa famille. Elle a eu des problèmes de santé et a subi plusieurs opérations à l’estomac, ce qui l’oblige désormais à se nourrir plus souvent et en petites quantités. C’est une bonne chasseuse, mais elle est parfois un peu paresseuse et dans ce cas on l’aide à se nourrir. Quant aux deux frères, Floppy (alias Whisky) et Hunters, ce sont des guépards qui se laissent facilement approcher, bien qu’ils aient été élevés dans le bush par leur mère. Ils sont autonomes et se nourrissent seuls en chassant dans la réserve. Ils sont inséparables.

Premier game drive

Safari, game drive, Tshukudu Game Reserve, Afrique du Sud.
Premier safari à Tshukudu.

Vers 15 h 30, après avoir fait la connaissance de Shadrack, notre ranger attitré, et d’une autre famille française très sympathique, nous montons dans un gros 4×4. C’est le moment de sortir tout l’attirail du parfait touriste en safari : appareil photo, jumelles, lunettes de soleil, casquette et de quoi se couvrir pour la fin d’après-midi. Nous partons. Léa ne cache pas sa joie d’être là.

 

Les tout premiers animaux à côté desquels nous nous arrêtons sont les rhinos, emblèmes de la réserve. Pour leur protection et ne pas subir le triste sort de beaucoup de leurs congénères, ils sont écornés (voir article sur le sujet ICI). À cette heure-ci, ils boivent paisiblement dans une mare. Ceux que nous verrons un peu après, accompagnés de zèbres, mangent le fourrage qui leur est apporté quotidiennement. L’Afrique australe subit en effet une sécheresse sans précédent depuis deux ans [année de notre voyage comme référence], ce que j’avais entendu dire dans le reportage évoqué plus haut, avec une absence quasi-totale de pluie. Nous constatons de nos propres yeux les effets du dérèglement climatique et d’El Niño ; la terre est très sèche, la végétation souffre. Et en bout de chaîne, la faune (celle à qui l’homme ne porte pas assistance) paie un lourd tribut. Il faut savoir que dans l’immensité du Kruger NP, là où il est impossible de leur prodiguer des soins comme dans une petite réserve privée, des animaux, et notamment des rhinocéros, sont morts de faim et de soif consécutivement à cette sécheresse… Ses effets continuent encore et continueront longtemps après le retour de la pluie, également sur les populations, allongeant la longue liste des désastres humanitaires.

Viennent ensuite des impalas, waterbucks (ou cobe defassa), gnous, girafes (Giraffa giraffa) et buffles. Le soleil descend doucement à l’horizon, la chaîne du Drakensberg commence à rougir. C’est un moment magique dans le bush. Le 4×4 s’arrête au bord d’une grande mare pour la traditionnelle pause du soir durant laquelle il est d’usage de se désaltérer et se dégourdir les jambes. Quelques hippopotames nous observent à la surface de l’eau. Le froid tombe, il est temps de rentrer.

Tshukudu Game Reserve, girafe, safari, Afrique du Sud.
Repas d’acacia d’une girafe du Sud.
Bush, Drakensberg, Tshukudu, Afrique du Sud.
Ambiance de fin de journée avec le Drakensberg en toile de fond.
Coucher de soleil, Tshukudu, Afrique du Sud.
Le soleil descend derrière l’horizon.
Coucher de soleil, Tshukudu, Afrique du Sud.
Magnifiques couleurs du coucher de soleil dans le bush.

La journée se termine par un traditionnel dîner dans le boma (enceinte ronde à ciel ouvert permettant de tenir à distance les « invités surprise » et de contenir la chaleur du grand feu central) en compagnie des autres hôtes du lodge et des rangers. Les tables sont disposées en arc de cercle. L’atmosphère est conviviale. Aucune pollution ni aucun nuage ne nous empêchent de profiter du magnifique ciel étoilé d’Afrique australe. Le dépaysement est total. À la fin du repas, nous sommes conviés au dîner des porcs-épics – qui sont d’une étonnante gloutonnerie et mangent très bruyamment !

Jour 4

8 août 2016

Trois safaris dans la journée

Après une nuit de sommeil sous les auspices du roi lion, qui a tenu à nous faire savoir que c’était lui le maître des lieux, nous partons à 6 h 30 pour un court safari avant le petit-déjeuner. À notre retour, la réception du lodge nous appelle pour nous demander nos clés de voiture. Europcar ayant fini par se manifester, on nous envoie quelqu’un qui va prendre le véhicule pour l’emmener en réparation dans un garage des environs et nous le restituer le soir même.

En attendant le second safari du matin sur la terrasse du lodge, nous voyons arriver nonchalamment Floppy et Hunters, les guépards. Ils passent juste devant nous, en nous ignorant, et vont boire dans une petite mare ornementale. Quelle scène incroyable ! Être juste à côté de deux grands fauves et ne ressentir aucune crainte. Je remarque en les observant qu’ils conservent le même comportement que des guépards sauvages, dans leur manière d’être constamment en veille, de regarder autour d’eux avant de boire, afin d’éliminer tout danger potentiel. Par chance, ils se dirigent ensuite droit sur notre bungalow et s’installent juste devant notre fenêtre pour faire une petite sieste. Le temps de faire quelques photos et nous reprenons le chemin du bush vers 9 h.

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Le second morning drive nous mène aux rhinos, toujours occupés à manger en compagnie des buffles et des gnous. Puis, nous trouvons une famille de lions, un couple et leurs lionceaux âgés d’une dizaine de mois. Le guide nous explique que c’est le seul groupe de lions évoluant à Tshukudu afin d’éviter les luttes de territoire, la réserve n’étant pas assez grande pour accueillir un autre mâle adulte. C’est pourquoi tout lionceau mâle est destiné à quitter la réserve avant qu’il ne soit assez grand pour affronter son géniteur.

Plus loin, c’est une famille d’éléphants nous coupe la route, menée par la matriarche. Malheureusement le mâle, qui se nommait Obélix, a un jour forcé la clôture de la réserve et s’est fait renversé par un train… Son nom est depuis gravé sur une plaque dans le lodge.

 

Des zèbres de Burchell (ou zèbres des plaines) s’abreuvent dans une mare.

À notre retour au lodge, les guépards sont toujours là, à se prélasser ou faire un brin de toilette.

guépard, Tshukudu Game Reserve, Afrique du Sud.
On se sent petite à côté de Hunters !

Des calaos leucomèles (yellow-billed hornbill, surnommé « flying banana » à cause de son bec jaune) nous tiennent compagnie durant le déjeuner.

Dernier safari de la journée : rhinos, gnous, éléphants et lions.

Lion, lionceau, Tshukudu Game Reserve, Afrique du Sud.
Le festin du lionceau.

Les lions sont allés à la chasse depuis que nous les avons vus ce matin. Un des lionceaux termine les restes d’un zèbre, caché dans un buisson. Les autres membres de la famille sont repus et somnolent. Le mâle nous rejoue sa sérénade de la nuit précédente, nettement moins énergique en raison d’une laborieuse digestion !

 

Jour 5

9 août 2016

Bush walk

6 h 30 : nous partons à pied dans la réserve, guidés par le propriétaire et un ranger armé. Floppy et Hunters nous font une démonstration d’amour fraternel en se débarbouillant longuement l’un l’autre. Ils décident de rester là à faire une petite sieste. Sans doute ont-ils été actifs durant la nuit. Nous poursuivrons donc la balade sans eux. Les rhinos et les buffles ne nous quittent pas du regard ; nous sommes sur leur territoire, il vaut mieux se faire discret.

L’heure est venue de repartir vers notre prochaine étape, le mythique parc Kruger. Nous quittons Tshukudu à regret mais conquises par cette première expérience de réserve privée.


CONSEILS POUR LA PHOTO EN SAFARI

  • Si vous êtes un pro de la photo, dans ce cas vous n’avez pas besoin de conseils !
  • En revanche, si vous êtes comme moi, que vous n’avez pas de compétences particulières en photographie et que vous deviez faire 10, 20 ou 30 clichés pour en extraire un bon, alors voici quelques conseils tirés de ces safaris en Afrique du Sud et au Botswana :
    • Pour les amateurs, le choix de l’appareil dépendra surtout du budget, de l’encombrement et de la praticité. Si vous avez eu un reflex en cadeau à Noël, c’est très bien, à condition de savoir l’utiliser et d’avoir un téléobjectif 300 mm ou plus. Maintenant, si vous n’y connaissez rien en photo, que vous ne voulez pas vous charger et/ou qu’une fois votre voyage payé vous n’avez plus d’argent à mettre dans du matériel photo, ne vous inquiétez pas, il existe maintenant des appareils photo compacts très performants avec un rapport poids/prix imbattable ! Et vous apprécierez à coup sûr de pouvoir shooter des animaux très près ou très loin sans avoir rien d’autre à faire qu’à actionner le zoom automatique… Par exemple le PowerShot SX720 HS de Canon® avec son zoom x40 très performant. Personnellement, j’ai opté pour un hybride Nikon1 J5®, qui a l’inconvénient de l’objectif à changer comme pour un reflex, mais qui n’est pas plus encombrant qu’un compact avec un objectif 10-30 mm. J’ai pu constater durant ce voyage que mon téléobjectif 300 mm n’était encore pas assez puissant dans certaines conditions d’éloignement du sujet et dans ce cas je devais me rabattre sur le compact PowerShot®…
    • Quel que soit l’appareil que vous choisirez, il n’est pas superflu de s’entraîner un peu à l’utiliser avant de partir, quitte à se rendre dans un parc animalier.
    • En ce qui concerne les accessoires, prenez un vrai sac photo (à dos, c’est plus pratique) afin de pouvoir y mettre non seulement votre matériel mais aussi vos papiers, documents de voyage et autre effets personnels, sans oublier une bouteille d’eau ! Vous aurez ainsi les mains libres, chaque chose sera bien rangée à sa place.
    • Un pied tripode n’a pas franchement sa place dans un véhicule de safari collectif, vous ne pourrez pas le poser de façon stable. Il ne sera utile que si vous faites un safari haut de gamme avec un guide particulier, dans un véhicule privatisé où vous pourrez vous « étaler » et sortir à pied de temps en temps (on est un peu les uns sur les autres dans un 4×4 de safari). Quant au bean bag, là aussi, il ne sert à rien dans un véhicule de safari collectif car vous n’aurez pas où le poser (à prendre plutôt pour un safari en voiture de location dans un parc national).
    • Pour les jumelles, c’est à vous de voir (si je peux m’exprimer ainsi…). Elles sont encombrantes, surtout si vous avez déjà un appareil lourd autour du cou. Et n’oubliez pas que dans une réserve privée on vous emmène au plus près des animaux. À privilégier surtout pour les amateurs d’ornithologie.
    • Enfin, n’oubliez pas de vous munir de plusieurs batteries de rechange (j’en prend 3 pour un seul appareil) car vous allez « mitrailler », et aussi du chargeur qui va avec évidemment, sans compter plusieurs adaptateurs pour les prises locales (car en rentrant au lodge le soir vous aurez plusieurs batteries à charger en même temps, en plus du portable, etc.). Avec en plus un petit kit de nettoyage pour les objectifs et le boîtier (la poussière est telle qu’il faut les nettoyer plusieurs fois dans la journée), vous serez fin prêt à vous lancer !

À EMPORTER

  • Un guide de poche sur la faune d’Afrique australe, en anglais pour illustrer les explications de votre ranger durant le safari (je n’ai pas trouvé d’équivalent en français, excepté une brochure sommaire achetée dans une boutique du parc Kruger). Celui que j’ai utilisé — et qui me servira encore pour mon prochain
    voyage : ICI

POUR LIRE LA SUITE DU VOYAGE : The Big Kruger


ÉTAPE PRÉCÉDENTE : Le « Grand Canyon » sud-africain

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