Cinq stars à la Une

Ces stars-là sont des stars du monde animal, rien à voir avec une émission de téléréalité!

Je ne connaissais pas la notion de « Big Five » avant de préparer mon road trip en Afrique australe en août 2016. Même lors de mes voyages au Kenya il y a longtemps, je ne l’avais jamais entendue. C’est sans doute parce que ces deux mots magiques sont devenus, depuis quelques années seulement, une sorte de label à destination des touristes, un but qu’il faut absolument atteindre lorsque l’on part en safari, faute de quoi les vacances ne seraient pas totalement réussies…

D’où vient la notion de Big Five ?

Elle a été utilisée pour la première fois en 1936 par Ernest Hemingway dans son roman Les Neiges du Kilimandjaro, puis reprise peu après en 1937 par Karen Blixen dans Out of Africa.

À l’époque victorienne, la chasse aux trophées est très pratiquée en Afrique et fera la réputation de nombreux « grands chasseurs blancs ». Bien que la faune africaine, en particulier les grands mammifères, ait été décimée entre 1860 et 1930, cette chasse sportive a perduré et se pratique dans certains pays encore actuellement (tout le monde a encore en mémoire la triste fin du plus célèbre lion du Zimbabwe en 2015, Cecil).

Le lion, le buffle, le rhinocéros, le léopard et l’éléphant ont été ainsi baptisés Big Five car représentant aux yeux des chasseurs les animaux les plus difficiles et les plus dangereux à traquer et à abattre.

Avec le développement du tourisme (et la source de revenus qu’il génère), la prise de conscience de la nécessité de préserver la faune sauvage, et peut-être aussi l’exemple donné par un pays comme le Kenya, les Big Five sont passés du statut de stars de safari de chasse à celui de stars de safari photo.

L’Afrique du Sud — la Rainbow Nation — en a même fait des symboles puisqu’ils figurent sur ses billets de banque.

rands, Big Five, South Africa
Billets de 10, 20, 50, 100 et 200 rands sud-africains.

Casting des Big Five

éléphant, Big Five, Afrique du Sud

L’éléphant d’Afrique (Loxodonta Africana)
Tembo
en swahili
Tlou en sotho
Ordre : Proboscidien
Famille : Éléphantidé
Taille : de 3 à 4 m
Poids : jusqu’à 7 t pour un mâle adulte
Vitesse : il peut charger à 40 km/h
Espérance de vie : de 60 à 70 ans
Maturité sexuelle : vers 12 ans
Gestation : environ 20 mois, 1 éléphanteau par portée
Cri : il barète ou barrit

C’est le plus grand herbivore terrestre, il passe 16 heures par jour à manger (200 kg de végétaux, 160 l d’eau). Il vit dans la savane ou dans des zones boisées, à proximité d’un point d’eau. Son aire de répartition va de l’Afrique subsaharienne à l’Afrique du Sud. Sa peau épaisse, ses grandes oreilles, ses défenses et sa trompe en font un animal à part qui ne laisse pas indifférents les petits et les grands ! Malheureusement, son espèce est menacée (braconnage pour l’ivoire, chasse, sécheresse, réduction de l’habitat). Elle est classée comme « vulnérable ».

En safari, l’éléphant est celui des Big Five qui est le plus facile à observer, qu’il soit solitaire ou en famille. Même s’il a l’air paisible, la méfiance est de mise car il ne supporte pas qu’on se trouve sur le trajet qu’il a l’intention d’emprunter (souvent le même que le vôtre…). Il faut toujours rester à bonne distance, surtout lorsqu’il y a des éléphanteaux dans le groupe. L’instinct de protection des plus jeunes est très fort chez les éléphants et chacun des membres du clan, en général les femelles, est très impliqué.

L’expression « mémoire d’éléphant » n’est pas usurpée, car ils peuvent mémoriser des trajets sur des centaines de kilomètres, même effectués des années auparavant. Ils se souviennent également des traumatismes qu’ils ont pu subir dans leur vie. Ce qu’ils apprennent au cours de leur existence est transmis aux plus jeunes, alimentant ainsi la mémoire collective. La matriarche du groupe est donc naturellement la plus savante.

Cet animal est capable d’empathie et doué d’une grande sensibilité. Il a une véritable perception de la mort, à tel point qu’il se recueille sur ses défunts ou bien sur le lieu où l’un de ses proches est décédé, même si du temps a passé depuis.

Les études sur l’éléphant attestent de son intelligence remarquable. L’organisation Save the Elephants a mis en évidence des comportements inattendus chez des éléphants vivant à l’état sauvage dans des réserves : certains d’entre eux peuvent faire la différence entre des braconniers — dont ils anticipent la possible présence — et des rangers — auprès desquels ils se réfugient car identifiés comme protecteurs (bien qu’ils soient également armés).


 

buffle, Big Five, Afrique du Sud

Le buffle d’Afrique (Syncerus caffer)
Mbogo
en swahili
Nare en sotho
Ordre : Cétartiodactyle
Famille : Bovidé
Taille : jusqu’à 1,70 m de hauteur au garrot et 3,40 m de long
Poids : entre 500 et 900 kg
Vitesse : jusqu’à 57 km/h
Espérance de vie : de 20 à 25 ans
Maturité sexuelle : vers 5 ans
Gestation : environ 11 mois, 1 petit par portée
Cri : il beugle, mugit ou souffle

Ce ruminant, aux cornes imposantes, se nourrit essentiellement d’herbes et de graminées. Il est très dépendant de l’eau et a besoin de boire régulièrement (30 à 40 l par jour). Néanmoins, il s’adapte à des habitats variés comme la savane, la forêt ou les marécages. On le rencontre du sud du Sahara jusqu’en Afrique du Sud. Autrefois chassé pour sa viande, le buffle est désormais une espèce protégée dont la population est globalement stable. Son statut de conservation IUCN : « préoccupation mineure ».

Il est souvent considéré comme le plus dangereux des Big Five car il n’hésite pas à charger s’il se sent menacé (à photographier de loin !). Son apparente tranquillité peut être trompeuse. Son odorat est le sens le plus développé, contrairement à son ouïe ou sa vue.

Les buffles vivent en troupeaux de quelques dizaines à quelques centaines d’individus, évoluant sur un territoire d’une cinquantaine de kilomètres carrés. Les vieux mâles vivent en solitaires. Les activités principales (manger, boire, dormir) se pratiquent collectivement. En cas d’attaque de prédateurs, ils forment un rempart autour des membres les plus vulnérables du groupe (jeunes, vieux ou malades).

Afin de se protéger des insectes et de la chaleur (faible capacité à réguler sa température corporelle), le buffle fait de longues siestes à l’ombre ou se baigne dans la boue, dont il est recouvert la plupart du temps. C’est également un bon nageur.


 

léopard, Afrique du Sud, Big Five

Le léopard d’Afrique (Panthera pardus)
Chui
en swahili
Lengau en sotho
Ordre : Carnivore
Famille : Félidé
Taille : de 1 à 1,90 m ; 1 m pour la queue
Poids : de 30 à 90 kg
Vitesse : 65 km/h
Espérance de vie : de 12 à 13 ans
Maturité sexuelle : vers 3 ans
Gestation : 3 à 3,5 mois, 3 à 4 petits par portée (mortalité 50 %)
Cri : il feule, miaule ou rugit

La très belle fourrure claire tachetée de noir ou de brun du léopard lui permet de se camoufler dans les herbes de la savane ou dans les arbres, mais c’est surtout perché dans les arbres que vous aurez le plus de chance de l’apercevoir (alors levez les yeux car il n’est pas facile à repérer !). Soit il sera en train de faire une petite sieste, soit il veillera jalousement sur son repas car son garde-manger se trouve en hauteur. Son alimentation est très variée : rongeurs, poissons, oiseaux, reptiles, singes, gazelles, zèbres, etc. Les léopards africains sont présents de l’Afrique subsaharienne à l’Afrique du Sud. En revanche ils ont disparu d’Afrique du Nord.

L’espèce est, comme tant d’autres, menacée par la destruction de son habitat, le braconnage et la chasse au trophée. Après avoir été proche de l’extinction dans les années soixante-dix (chaque année 50 000 léopards étaient tués pour leur fourrure, transformée en manteaux), elle est aujourd’hui classée comme « vulnérable ». Néanmoins, dans certaines régions, les effectifs diminuent de façon dramatique et plus vite que prévu comme dans le massif du Soutpansberg en Afrique du Sud (voir article ICI).

Le territoire d’un léopard mâle s’étend sur 80 kilomètres carrés environ, soit l’équivalent des territoires de deux femelles. C’est un animal solitaire, les rencontres n’ont lieu qu’en période de reproduction. Il chasse la nuit de préférence, ou parfois le jour s’il se sent suffisamment en sécurité. Bon grimpeur et extrêmement puissant, il peut hisser dans un arbre une proie trois fois plus grande que lui ! Durant un safari, on peut l’observer un long moment s’il se repose sur une branche d’arbre. Lorsqu’il est au sol, mieux vaut ne pas trop s’en approcher et en aucun cas le déranger car il peut avoir une réaction imprévisible… qui sera imparable. Un guide de safari en a fait les frais en 2015 au Kruger, ce qui s’est malheureusement soldé par l’abattage du léopard.

On appelle improprement « panthère noire » un léopard dont le pelage est noir, mais qui en réalité ne constitue pas une espèce distincte. Il s’agit seulement d’un cas, rare, de mélanisme (mutation génétique).


 

lion, Big Five, Botswana

Le lion d’Afrique (Panthera leo)
Simba
en swahili
Tau en sotho
Ordre : Carnivore
Famille : Félidé
Taille : de 1,70 à 2,80 m ; de 0,60 à 1 m pour la queue
Poids : de 120 à 250 kg
Vitesse : jusqu’à 80 km/h
Espérance de vie : 15 ans en moyenne
Maturité sexuelle : entre 2 et 3 ans
Gestation : 3,5 mois, 1 à 4 lionceaux par portée
Cri : il rugit, il grogne, il ronronne

Réputé pour être le roi de la savane, le lion est un animal charismatique, au même titre que l’éléphant. Il est synonyme de force et de bravoure, c’est pourquoi son nom a été souvent associé à celui de personnes ayant laissé leur empreinte dans l’Histoire (Richard Cœur de Lion, par exemple).

Le dimorphisme sexuel entre les mâles et les femelles est assez marqué chez cette espèce (taille et poids notamment, et surtout l’épaisse crinière arborée par les mâles). Il existe une dizaine de sous-espèces de lions d’Afrique, réparties entre le sud du Sahara et l’Afrique du Sud, dans des zones de savanes, de forêts sèches, semi-arides et mêmes désertiques (Namib). En revanche, il est absent des forêts denses. Il existe quelques rares spécimens de lions au pelage blanchâtre, qui ne sont ni une sous-espèce ni albinos, mais atteints de leucistisme.

La chasse se fait le plus souvent à l’obscurité ou au petit matin. Elle est pratiquée en groupe, généralement par les lionnes, et en suivant des stratégies très élaborées pour une grande efficacité. Les proies sont essentiellement des herbivores (zèbres, antilopes, girafes, etc.), mais le lion peut se nourrir de charognes à l’occasion. Comme il est occupé à dormir 20 heures par jour, ses repas doivent être consistants : il peut ingurgiter jusqu’à 40 kg de viande en un seul repas.

Les lions vivent en groupe d’une dizaine à une trentaine d’individus dont les femelles forment le noyau stable. Leur territoire s’étend sur une superficie de 4 000 à 13 000 hectares. La reproduction est assurée par le mâle dominant du groupe. Les petits sont élevés par leur mère à l’écart du groupe les premières semaines, puis les mères s’associent pour surveiller, nourrir et éduquer les lionceaux en commun, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de la maturité sexuelle. Les mâles quitteront le clan à l’adolescence.

Lors d’un safari, ne mettez pas bêtement votre vie en danger pour prendre des lions en photo, même pas pour faire le « cliché du siècle ». Si vous êtes au volant de votre propre véhicule, n’en sortez jamais et gardez les fenêtres fermées. Si vous êtes en game drive accompagné dans une réserve privée (l’idéal), le ranger saura vous amener à la bonne distance pour prendre des photos sans déranger les félins (sans perdre de vue toutefois que vous êtes alors dans un 4×4 ouvert, sans même un toit bâché la plupart du temps).

Les effectifs de lions ont considérablement chuté ces dernières années en Afrique (chasse, perte de son habitat, raréfaction de son alimentation, commerce des os, etc.). L’espèce est toujours classée comme « vulnérable », mais à l’instar des autres représentants de la faune sauvage africaine, les voyants sont au rouge et il est à craindre que les estimations soient en dessous de la réalité. Les spécialistes s’accordent actuellement pour le qualificatif de « danger critique d’extinction ».


 

black rhino, white rhino, rhinocéros, Afrique, espèces menacées
Rhinocéros blancs © lesyeuxdelagirafe – Rhinocéros noirs © Reuters/Tom Kirkwood 2014.

Le rhinocéros blanc (Ceratotherium simum)
Kifaru en swahili
Tshukudu en sotho
Ordre : Périssodactyle
Famille : Rhinocérotidé
Taille : de 3,40 à 4,20 m de long
Poids : jusqu’à 3,5 t pour un mâle adulte
Vitesse : 50 km/h
Espérance de vie : de 40 à 50 ans
Maturité sexuelle : vers 5 ans
Gestation : entre 16 et 18 mois, 1 petit par portée
Cri : il barète ou barrit

Le rhinocéros noir (Diceros bicornis)
Kifaru en swahili
Tshukudu en sotho
Ordre : Périssodactyle
Famille : Rhinocérotidé
Taille : de 3 à 3,50 m de long
Poids : jusqu’à 1,8 t pour un mâle adulte
Vitesse : 55 km/h
Espérance de vie : de 35 à 50 ans
Maturité sexuelle : vers 5 ans (femelle), vers 8 ans (mâle)
Gestation : entre 15 et 16 mois, 1 petit par portée
Cri : il barète ou barrit

Des similitudes et des différences

Le rhino noir et le rhino blanc sont gris (légèrement plus clair pour le blanc). Certains expliquent le qualificatif « blanc » comme une confusion linguistique du mot widje en néerlandais signifiant « large » (décrivant la forme de la bouche), devenu wit en afrikaans, puis white en anglais signifiant « blanc » (au lieu de wide pour « large »). Ils ont tous les deux deux « cornes », une nasale et une frontale plus courte, variant en longueur et épaisseur selon l’espèce et le sexe. Elles ne sont pas composées d’une substance osseuse mais de kératine. Bien que très trapus, ces animaux à la puissante musculature sont capables de courir très vite si nécessaire, sur une courte distance, et de faire volte-face en un clin d’œil.

Les aires de répartition des rhinocéros africains n’ont cessé de diminuer. Ils ont totalement disparu de certains pays. La majorité des rhinocéros noirs sont actuellement présents en Afrique du Sud, Namibie, Zimbabwe et au Kenya. On trouve les rhinocéros blancs (sous-espèce du sud) en Afrique australe. La sous-espèce du nord, autrefois présente en Afrique centrale, est quasiment éteinte. Le rhinocéros noir affectionne les savanes d’arbustes ou les lisières forestières, tandis que le rhinocéros blanc évolue dans les  savanes herbeuses. Ils ont besoin tous deux d’un point d’eau à proximité pour se baigner dans la boue. Herbivores, les rhinocéros ont un régime alimentaire adapté à leur environnement et à la forme de leur bouche : les blancs broutent des herbes tandis que les noirs se nourrissent de feuilles d’acacias et autres buissons épineux.

Les rhinocéros vivent généralement en solitaires ou en petites troupes (les blancs sont moins solitaires que les noirs), sur un territoire qui peut s’étendre jusqu’à 100 kilomètres carrés. Ils sont actifs au crépuscule ou durant la nuit. Les regroupements se font pour la reproduction. Le bébé rhinocéros pèse de 20 à 50 kilos à la naissance, selon les espèces. Il sera très vulnérable les premiers jours et protégé farouchement par sa mère. Ils peuvent rester ensemble plusieurs années, particulièrement si la progéniture est une femelle.

Le rhinocéros blanc est moins agressif que le noir, c’est pourquoi il est plus facile à approcher en safari et à photographier… et malheureusement aussi à chasser. Néanmoins ces animaux évitent les hommes, qui sont leur seul prédateur (pour les adultes). Ils chargent s’ils se sentent menacés ou pour protéger les jeunes. Les populations de rhinocéros déclinent rapidement, pour les mêmes raisons que celles des éléphants : braconnage pour les cornes (voir article ICI), chasse, sécheresse, réduction de l’habitat. L’IUCN qualifie actuellement le rhinocéros blanc d’« espèce menacée non préoccupante » et le rhinocéros noir d’espèce « en cours d’extinction ». Une tentative de réintroduction du rhinocéros noir est actuellement menée au Rwanda, à suivre dans les mois et les années à venir.


SUGGESTION D’ARTICLE SUR LA FAUNE : Le guépard, de la légende à la réalité

 

4 commentaires

  1. Si on se fie aux infos de l’IUCN, le tableau décrit n’est pas très reluisant. De plus, les chiffres ne sont pas actualisés tous les ans, donc on part sur des estimations qui ont déjà plusieurs années. Il va falloir encore quelques années de recul probablement pour se faire une idée sur la question et suivre tout ça sur le long terme… Et les réserves privées ont un vrai rôle à jouer pour la préservation des rhinocéros.

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  2. juste un point : les populations de rhinocéros blancs comme noirs ne déclines pas. Actuellement elles augmentent d’environ 3% par an malgré le braconnage terrible en cour. (taux moyen si absence de braconnage 7% par an). Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas en danger, ils étaient probablement 1 million au XIXème siècle… Récemment encore la quasi intégralité de la population de rhinos noirs de la réserve de Selous en Tanzanie a été massacrée dans indifférence générale.

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