Le conservateur de la faune passionné et peintre animalier David Shepherd s’en est allé…

C’est un personnage hors du commun qui vient de s’éteindre à l’âge de 86 ans, au destin incroyable, qui laissera un grand vide dans son entourage et parmi tous ceux qu’il a inspirés et à qui il a insufflé l’envie de se battre pour protéger la faune sauvage.

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David Shepherd parmi les éléphants, qu’il affectionnait tout particulièrement et qu’il ne se lassait pas de peindre (couverture du livre David Shepherd an Artist in Conservation, édité en 1992).

Né à la périphérie de Londres le 25 avril 1931, il a vécu le Blitz durant la Seconde Guerre mondiale. Il a été le témoin des raids aériens de la bataille d’Angleterre ce qui fera naître en lui une première passion, celle des avions. Bien qu’il ne soit pas issu d’une famille d’artistes, il remporte à l’âge de 8 ans un concours de peinture pour enfants organisé par le magazine Nursery World.

En grandissant, David Shepherd caresse le rêve de devenir un jour gardien de réserve. À la fin de ses études, il part au Kenya et postule, sans succès, au Head Game Warden à Nairobi. Dépité, il accepte un emploi de réceptionniste dans un hôtel sur la côte à Malindi. Pour compléter son modeste salaire, il commence à faire quelques peintures d’oiseaux qu’il vend sur place, ce qui lui permettra de payer son voyage retour en Angleterre.

Souhaitant persévérer dans la voie artistique, il tente d’intégrer The Slade School of Fine Arts à Londres. Il n’y sera pas accepté, l’école ne lui trouvant pas de talent. S’ensuit alors une rencontre fortuite avec le peintre Robin Goodwin, réputé pour les portraits et les sujets marins. David Shepherd réussit à devenir son élève. Après une formation de trois ans avec Goodwin, Shepherd se met à peindre des avions, thème qu’il connaît bien. Apprécié pour la finesse de son art il est envoyé par la Royal Air Force au Kenya en 1960, mais contre toute attente, on lui demande une fois sur place de peindre autre chose que des avions : « quelque chose de plus local ». Il peint sa toute première toile d’animal sauvage — un rhinocéros — qu’il vend 25 £ à la RAF. De nombreuses autres suivront. Sa carrière d’artiste est lancée et le succès, international, ne se fait pas attendre. Il racontera plus tard dans une interview que c’est l’œuvre intitulée Wise Old Elephant (1962), éditée en de nombreux exemplaires, qui lui a permis d’acheter une ancienne ferme dans le Surrey où sa femme et lui ont élevé leurs quatre filles.

painting, David Shepherd, Wise Old Elephant, Kenya
Wise Old Elephant, (http://www.davidshepherd.com/davidshepherd-wiseoldelephant.html)

C’est un épisode dramatique vécu lors de ce séjour au Kenya qui déclenchera en lui une prise de conscience sur la nécessité de protéger la faune de ce pays : lors d’une sortie en brousse, il découvre 255 zèbres morts autour d’un point d’eau empoisonné par des braconniers. Désireux de rembourser sa dette aux animaux, à qui il doit son succès et sa fortune, il utilisera l’argent gagné grâce à la peinture pour les défendre. Le reste de son temps sera désormais consacré à la conservation.

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Lion in the Bush, (https://www.the-saleroom.com/en-gb/auction-catalogues/dukes/catalogue-id-srdu10020/lot-7958d2b1-704d-4954-9d70-a4730120a967).
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Savuti Elephants, (http://www.renniesgallery.co.uk/product-category/artistsaz/davidshepherd/)

Ne se limitant pas à la faune dans son art, David Shepherd sera un portraitiste reconnu (portraits de la reine Elizabeth et de la reine mère, notamment) mais également un peintre de paysages.

En 1967, il commence à se passionner pour les locomotives à vapeur, dont il achètera deux exemplaires, et pour la préservation du patrimoine ferroviaire britannique.

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David Shepherd sur son « bébé », la locomotive BR 9F No 92203 Black Prince (http://everythinggwr.com/2012/01/david-shepherd-and-his-beloved-giants-at-80/).

Les années passant, David Shepherd fait le triste constat de l’accélération de la disparition des espèces en milieu sauvage : « Depuis des temps immémoriaux, une espèce s’éteignait chaque siècle. Maintenant, une espèce s’éteint chaque heure. […] Œuvrer à la conservation nécessite de l’argent aujourd’hui. Demain il sera trop tard. »

En 1973, il s’associe au Project Tiger d’Indira Ganghi, qui vise à sauvegarder les tigres du Bengale en rendant à ces félins leur habitat originel par la restauration des écosystèmes et la création de réserves protégées.

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Sketch for the Tiger, (https://shop.davidshepherd.org/product/sketch-for-the-tiger/)

Avec le soutien de sa famille et de sa fille Melanie, David Shepherd crée en 1984 la David Shepherd Wildlife Foundation (DSWF), dont le siège se trouve à Guildford dans le Surrey. Elle deviendra l’une des fondations les plus efficaces et les plus appréciées du Royaume-Uni. Elle a financé, pour plus de 7 millions de livres, un grand nombre de projets innovants visant à sauvegarder des mammifères en Afrique et en Asie (protection de l’habitat naturel, implication des communautés locales dans la conservation, éducation, lutte contre la criminalité faunique, programmes de protection d’espèces spécifiques…).

Parmi les réussites de la fondation, qui faisaient la fierté de David Shepherd, on compte :

David Shepherd, Wildlife Artist of the Year, 2012
David Shepherd en compagnie de Karen Laurence-Rowe, Wildlife Artist of the Year 2012.

David Shepherd a réalisé plusieurs documentaires pour la télévision sur la faune et les espèces en danger : In Search with Wildlife en 1988 et Naturewatch en 1990, notamment. Sa vie extraordinaire a souvent été relatée dans des documentaires, le plus célèbre ayant été tourné pour la BBC en 1972 : The Man Who Loves Giants. Son autobiographie, publiée en 1975, portera le même titre et sera un best-seller. (Voir liste des publications, documentaires, décorations et récompenses ICI.)

David Shepherd s’est éteint paisiblement après dix semaines de lutte contre la maladie de Parkinson. Il a continué à peindre quotidiennement jusqu’à ce que la maladie ne lui permette plus de la faire. Son talent en tant qu’artiste, sa passion et sa ténacité de défenseur de la vie sauvage en ont inspiré beaucoup d’autres.

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David Shepherd dans son atelier (© Becky Thomas).

Dans une biographie publiée sur le site de l’association canadienne Artists for Conservation, dont il était membre, il avait déclaré : « Je veux vivre jusqu’à 150 ans. Il faudra beaucoup de temps pour faire tout ce que je veux faire. »

— N’ayez crainte Mr Shepherd, votre héritage pour la conservation perdurera et votre combat sera désormais mené par votre femme, vos quatre filles, vos neuf petits-enfants et probablement d’autres générations encore…


 QUELQUES SOURCES

  • Site de la fondation DSWF : https://davidshepherd.org/
  • Express, 20 septembre 2017 : http://www.express.co.uk/news/nature/856577/david-shepherd-artist-death-paintings-wildlife-foundation
  • Powertraveller : https://www.powertraveller.com/au/dswf/about/
  • Natural World Safaris : https://www.naturalworldsafaris.com/natural-world-heroes/david-shepherd
  • Artists for Conservation : http://www.natureartists.com/artists/artist_biography.asp?ArtistID=1048
  • https://en.wikipedia.org/wiki/David_Shepherd_(artist)
  • Ink Pellet, 2012 : http://www.inkpellet.co.uk/2012/01/the-big-interview-david-shepherd/

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