Brent Stirton, Wildlife Photographer of the Year 2017

Le palmarès 2017 du prestigieux concours de photographie « Wildlife Photographer of the Year » a été annoncé hier à Londres lors de la cérémonie organisée au Museum of Natural History.

C’est le photographe d’origine sud-africaine Brent Stirton qui a remporté le titre de Photographe animalier de l’année (Grand Title Winner) mais également celui du Photojournaliste de la faune dans la catégorie Histoire (Wildlife Photojournalist Award: Story category) pour  cette image intitulée Memorial of a Species :

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Memorial of a Species – © Brent Stirton – WPY 2017 (http://www.les-felins.com/wp-content/uploads/2017/02/ok7-e1486642801453.jpg)

Les lecteurs de ce blog se souviendront sans doute l’avoir déjà vue… Elle a en effet servi d’illustration pour mon article Images de la barbarie ordinaire et je saisis l’opportunité qui m’est donnée aujourd’hui par l’actualité de mettre un nom et un visage sur l’auteur du cliché.

Sélectionnée parmi 50 000 autres photos environ, elle a été récompensée par le jury pour la vision novatrice et le travail effectué par Brent Stirton dans le cadre de son projet sur les Rhino Horn’s Unending Wars. Elle a été prise dans la réserve de Hluhluwe Umfolozi en Afrique du Sud (région du Kwazulu-Natal).

Un rhinocéros noir gît près d’un trou d’eau, les pattes repliées sous lui, atrocement mutilé. Il a été abattu à l’aide d’un fusil de chasse, probablement muni d’un silencieux, avant d’avoir sa corne coupée. Les braconniers, soupçonnés d’être originaires d’une communauté des environs, ont pénétré illégalement dans la réserve censée pourtant être un espace protégé pour la faune. Ils ont très certainement agi pour satisfaire une commande qui a transité ensuite, via un intermédiaire, par le Mozambique pour rejoindre l’un des pays d’Asie qui entretiennent ce sanglant trafic, parmi d’autres (Chine ou Vietnam notamment).

Brent Stirton, tout en soulignant l’aspect tragique et barbare de cette scène, parvient à lui donner un côté presque sculptural qui contribue à restituer toute la majesté et la dignité que ce splendide rhinocéros conserve, même dans la mort. Le photographe s’attache à la « mise en lumière » du sujet, au sens figuré comme au sens propre, et n’hésite pas à travailler avec un éclairage portatif qui, combiné à la lumière naturelle, crée un effet studio très reconnaissable. Cette image forte est à elle seule un symbole des crimes environnementaux perpétrés sur le territoire africain.

Grâce à cette récompense décernée à un photographe de grand talent, et dont le mérite a été une nouvelle fois reconnu, ce rhinocéros a acquis une célébrité, malheureusement posthume.

Brent Stirton, Wildlife Photographer of the Year, London, Natural History Museum, South Africa
Brent Stirton lors de la cérémonie au Natural History Museum de Londres le 17 octobre 2017.

Le photographe

Brent Stirton, Wildlife Photographer of the Year 2017, South AfricaBrent Stirton est né à Durban, en Afrique du Sud, en 1969. Durant ses études de journalisme, alors qu’il ne trouve pas de photographe pour l’accompagner dans une zone de conflit, il achète un appareil photo d’occasion et se lance dans la photographie en autodidacte.

Il couvre des événements tels que les violences au Kwazulu-Natal, les élections sud-africaines de 1993, le Rwanda, le chute de la république démocratique du Congo ou la famine en Somalie. Il sera tout d’abord photographe en chef au Scope Magazine en 1993, puis au Living Magazine en 1994.

Sa carrière est impressionnante. Il multiplie les voyages à travers le monde, ce qui le mènera à travailler pour l’agence Gamma à Paris en 1996, chez Liaison Agency (partenaire Gamma) à New York en 1998, puis dans une agence à Londres en 2000.

Ses reportages sont publiés par National Geographic Magazine, GEO, Le Figaro, Le Monde, Vanity Fair, Newsweek, le Time, le New York Times Magazine, Life, Forbes, Paris-Match, Der Spiegel, le Sunday Times Magazine, etc.

En 2008 il est élu membre du Young Global Leaders. Il est également l’un des douze photographes ambassadeurs de la marque Canon®.

En tant que photographe il a reçu de nombreuses récompenses avant la consécration d’hier soir. Pour n’en citer que quelques unes : Photographe international de l’année (2008), un Visa d’or catégorie Magazine (Visa pour l’image de 2008), 10 prix aux Pictures of the Year International, 9 prix du World Press Photo, et bien d’autres en Chine, au japon, en Allemagne, aux États-Unis, au Royaume-Uni, etc.

Ses photos ont fait l’objet de nombreuses expositions à l’étranger et quelques musées en comptent parmi leurs collections. Outre les sujets relatifs à la faune et à la conservation, Brent Stirton aborde également des thèmes tels que la santé, le sida, l’environnement, l’alimentation, la pauvreté ou les conflits dans les pays en voie de développement, qu’il parcourt à longueur d’année, et collabore avec le WWF, La Croix-Rouge, Human Rights Watch et diverses fondations.

Une des photos les plus célèbres de Stirton — Memorial of Species exceptée — est celle d’un des six gorilles massacrés dans le parc national des Virunga en république démocratique du Congo, publiée dans Newsweek en 2007.

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Dépouille d’un gorille à dos argenté mâle massacré avec son groupe en juillet 2007 dans le parc national des Virunga (© Brent Stirton pour Newsweek).

Brent Stirton est aujourd’hui chief staff photographer de l’agence Getty Images à New York. Il sera papa pour la première fois dans quelques mois.


SOURCES

4 commentaires

  1. Coucou la girafe, de retour d’un petit séjour en Andalousie à la découverte de Cordoue et Grenade. Pour en revenir à ton excellent article : Cette photo est bien faite mais mérite t’elle ce TRÈS prestigieux prix ? Le Wildlife Photographer of the Year ce n’est pas ça selon moi. il n’y a plus rien de « wild »(ou pas dans le sens prévu) et encore moins de « Life » dans ce cliché. Qu’une photo comme celle-ci soit primée dans la catégorie « photo journalisme » OK mais lui donner le Grand Prix… Il existe tellement de beauté à faire découvrir dans le monde sauvage animalier… Et quand l’on voit le travail de recherche, de patience, et les difficultés techniques rencontrées pour d’autres clichés, cela me pause problème. Je ne suis pas sûr non plus que montrer un cadavre de rhino fasse plus pour la protection de l’espèce qu’une belle image d’un rhino bien vivant. L’année prochaine on aura droit à quoi un massacre d’éléphants ? Enfin, je trouve que le jury a un train de retard, c’était il y a 10 ans qu’il fallait réveiller les consciences sur ce sujet…Bref, tu en pense quoi toi ?

    J'aime

    1. Salut Bud,
      Les vacances en Andalousie avec la petite famille ont l’air de s’être bien passées à en juger par les mines réjouies sur Instagram !
      Quand à la photo de Brent Stirton, je t’avoue que bien qu’on ne doive pas arrêter de sensibiliser les gens au problème du braconnage des animaux en Afrique, j’ai surtout regardé la photo comme une oeuvre d’artiste. Je pense que le côté « documentaire » passe en second. Mais c’est une interprétation personnelle.

      Aimé par 1 personne

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