Assassinat d’Esmond Bradley Martin, le lourd tribut de la lutte antibraconnage

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Esmond Bradley Martin – © Save the Elephants.

Hier, dimanche 4 février, le monde de la conservation et de la lutte antibraconnage en Afrique a perdu l’un de ses plus grands défenseurs : le géographe d’origine américaine Esmond Bradley Martin, âgé de 76 ans, a été assassiné à l’arme blanche alors qu’il se trouvait seul dans sa maison du quartier de Karen à Nairobi. Son corps a été retrouvé vers 16 heures par sa femme, Chryssee Martin, qui rentrait d’une promenade.

Bien que les premières déclarations du chef de la police de Nairobi, Japheth Koome, fassent mention d’un cambriolage raté, les circonstances du décès font plutôt penser à un assassinat, voire à un assassinat commandité. Esmond Martin a en effet été poignardé au cou, son agresseur bien renseigné savait manifestement à quel moment le trouver seul, et il est évident que le dimanche en milieu d’après-midi n’est pas le moment idéal pour commettre un cambriolage. Enfin, Esmond Martin travaillait justement avant sa mort à rédiger la conclusion d’une enquête qu’il venait de terminer sur le commerce de l’ivoire. Il était récemment revenu d’un voyage de recherche au Myanmar, pays dont il pointait du doigt le rôle croissant dans le trafic illégal d’animaux sauvages. Aucun suspect n’a été arrêté pour l’instant.

Ce meurtre choquant n’est pas sans rappeler celui de Wayne Lotter en août dernier en Tanzanie, dont les coupables n’ont toujours pas été arrêtés (seules trois personnes « en lien avec le meurtre » inculpées, sans que la nature de ces liens n’ait été révélée…). Il vient s’ajouter à la sinistre liste des personnes tuées dans le monde en voulant défendre la faune ou l’environnement (197 personnes en 2017, soit environ 4 par semaine).

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Esmond Bradley Martin lors d’une conférence en 2008 (http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1082158/expert-mondial-trafic-ivoire-assassinat-kenya-bradley-martin).

Esmond Bradley Martin a consacré la majeure partie de sa vie à lutter contre le commerce illégal d’espèces sauvages. Il a mené de nombreux travaux de recherche et rédigé de multiple rapports d’enquêtes qui ont été déterminants pour la compréhension de ces réseaux illégaux et l’identification des marchés, depuis les zones de braconnage jusqu’aux pays commanditaires, n’hésitant pas à remettre en cause certaines idées reçues.

Il est arrivé en Afrique de l’Est dans les années 1970, à l’époque où le braconnage faisait une hécatombe dans les populations d’éléphants de la région, suivie par celle des rhinocéros dans les années 1980. À partir de là, il n’a eu de cesse de comprendre, d’analyser les mécanismes et de tracer les flux d’ivoire et de corne de rhinocéros dans le but de les endiguer. Pour y parvenir, il a voyagé partout dans le monde avec sa femme, Chryssee Martin, et ses collègues Lucy Vigne et Dan Stiles, en réalisant de véritables missions d’infiltration pour photographier et documenter secrètement ces trafics, au péril de sa vie parfois.

Esmond Bradley Martin a été envoyé spécial de l’ONU pour la conservation des rhinocéros. Il a contribué à l’arrêt du commerce légal de corne de rhinocéros en Chine en 1993. Sa plus récente victoire aura été son rôle majeur dans la fin du commerce légal de l’ivoire dans ce même pays fin 2017.

C’était un homme passionné, courageux et respecté. Les hommages et les témoignages sont unanimes dans la presse et les réseaux sociaux aujourd’hui.

« Esmond était l’un des grands héros méconnus de la conservation. »

Iain Douglas-Hamilton, fondateur de Save the Elephants


SOURCES

3 commentaires

  1. Protéger la nature est devenu l’une des activités les plus dangereuses qui soit. Quand les gouvernements prendront-ils cela au sérieux ? Au delà de la préservation des espèces, c’est de l’avenir de l’humanité qu’il s’agit. Et même sans aller aussi loin, la destruction de plus en plus rapide de notre environnement devrait faire partie des priorités de tous les gouvernements. En attendant ce sont les ONG (du moins certaines….) et quelques passionnés qui font tout ce qu’ils peuvent pour enrayer cela, avec peu de moyens et qui sont trop peu entendus. C’est une tragédie.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui, c’est une évidence que beaucoup refusent de voir. Malgré tous les efforts déployés par ces passionnés et les ONG, j’ai du mal à imaginer que les petites victoires obtenues de haute lutte soient suffisantes pour endiguer la disparition progressive et de plus en plus rapide des espèces en Afrique (et ailleurs…). La croissance sans limites de la population de la planète ainsi que les dérèglements climatiques contribuent autant, voire plus, à cette « extinction ». Ce terme de plus en plus utilisé fait frémir.

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