Pavel Cisarovsky, un graffeur engagé contre le braconnage

Pour changer un peu de mes habitudes, je vais vous parler d’art aujourd’hui. Et ce ne sera pas d’art photographique comme à l’accoutumée mais d’art pictural dont il s’agit ici, plus précisément de street art. Vous vous demandez ce que le street art vient faire dans le blog Les Yeux de la Girafe ? Je vous rassure, Sophie la voyageuse amoureuse de la faune africaine n’est pas en panne d’inspiration (pas encore !) et elle n’a pas décidé d’écrire comme ça au hasard. Au contraire, on reste dans le vif du sujet.

Il y a quelques jours, en consultant mon compte Instagram, j’ai pris connaissance d’un commentaire extrêmement touchant sur la photo de Sattao, l’éléphanteau orphelin dont je suis marraine à la fondation David Sheldrick. Il émanait d’un artiste tchèque d’une quarantaine d’années nommé Pavel Cisarovsky. En me rendant à mon tour sur son compte, quelle ne fut pas ma surprise en découvrant les photos de ses peintures urbaines ornant les murs de Prague. J’en ignorais jusque-là l’existence et pourtant elles m’étaient étrangement familières — malheureusement…

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© Pavel Cisarovsky – Instagram 20-01-2017.

L’histoire de cet artiste est singulière. Pavel est tombé amoureux de l’Afrique lorsqu’il était enfant après que sa grand-mère lui a offert un livre intitulé Afrika. Dès lors, il a aimé peindre des éléphants car il est fasciné par eux. Sans avoir suivi de formation artistique d’aucune sorte, il a continué à peindre et à dessiner, avec un certain talent, se contentant de vendre quelques productions par-ci par-là.

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© Pavel Cisarovsky – Love Elephants – Instagram 29-07-2016.

En 2016, Pavel apprend par hasard que l’un des plus emblématiques Big Tuskers du Kenya, Satao, a été abattu sauvagement par des braconniers deux ans plus tôt. Ce sera un choc pour lui, un véritable traumatisme de voir ce noble éléphant aux défenses si longues qu’elles touchaient le sol fauché dans une mort lente et douloureuse (par une flèche empoisonnée). Voulant en savoir plus sur les raisons de ces massacres de pachydermes sur le sol africain il se documente sur le braconnage, le trafic de l’ivoire et celui de la corne de rhinocéros. En quête de réponses, Pavel sera de nouveau ébranlé en découvrant la bouleversante histoire de Hope, la femelle rhinocéros atrocement mutilée en 2015. Elle avait survécu à la barbarie grâce à l’ONG Saving the Survivors mais était finalement morte d’une infection en novembre 2016.

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© Pavel Cisarovsky – Hope – Instagram 20-11-2016.

L’année 2016 va donc être un tournant dans la vie de Pavel Cisarovsky et dans son expression artistique. Il n’est plus concevable pour lui de peindre des « choses communes » ni de faire de l’art pour l’art. Hope et Satao vont devenir ses thèmes de prédilection, aujourd’hui encore. Il n’a depuis abordé pratiquement aucun autre sujet tant son cœur saigne pour la faune africaine.

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© Pavel Cisarovsky – Hope et Satao – Instagram 11-06-2017.

Au milieu des graffitis et des tags des murs de Prague, les œuvres de Pavel interpellent. Et c’est bien là son but, sa mission, celle dont il se sent investi : faire passer ce message au plus grand nombre, aux générations futures, qu’il faut sauver ce qu’il reste de la vie sauvage en Afrique. Il peint durant son temps libre sur des surfaces autorisées par la municipalité ou sur des murs privés avec l’accord des propriétaires. Il ne gagne pas d’argent avec son art. Il lui est même arrivé de réaliser une peinture sur commande pour une célèbre famille tchèque, gratuitement.

Quelques-unes de ses œuvres se trouvent près du pont routier Barrandovsky, en bordure de la Vltava, un lieu de passage très fréquenté de la capitale tchèque réputé pour ses peintures urbaines, à la vue des automobilistes et des piétons. Elles suscitent des réactions généralement positives, ou dérangent parfois, certains lui reprochant alors ses figurations sanglantes et trop brutales. Il ne s’agit pourtant pas là des délires expressionnistes d’un artiste instable ou provocateur, comme il peut en exister dans le street art. Ce que Pavel expose aux yeux du monde avec une sensibilité à fleur de peau est la vérité nue, sans fioritures.

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© Pavel Cisarovsky – Metro.cz – 08-03-2017.
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© Pavel Cisarovsky – news.expats.cz 04-01-2017.

Depuis ses premières peintures dénonçant l’horreur du braconnage jusqu’aux plus récentes, on perçoit une évolution dans le geste du graffeur. Progressivement, le trait s’est affiné, les compositions se sont organisées. La rage et la spontanéité des peintures grossièrement réalisées du début ont subtilement laissé place à de véritables fresques, si l’on peut dire, dans lesquelles les talents de dessinateur de Pavel transparaissent. Les différentes techniques employées (dessin préparatoire, pinceau, aérosol), une palette de couleurs restreinte où le gris et le rouge vif dominent, des tags lisibles pour que leur compréhension soit sans ambiguïté — le message que l’artiste relaie, tel un passeur de témoin, est clair et accessible.

Au travers du regard de Pavel Cisarovsky, le statut légendaire de Hope et Satao trouve une résonance particulière et originale. L’artiste rend également un hommage sincère à tous ceux qui chaque jour sur le terrain protègent, sauvent, soignent et rendent à la vie sauvage des éléphants et des rhinocéros en Afrique. Les noms WildAid, KWS, Tsavo Trust, DSWT et Saving the Survivors sont cités en guise de remerciements sur la plupart de ses peintures, de même que le mot rangers.

Pavel a fait l’objet de deux articles dans SAPeople, qui ont révélé son combat, son amour sans bornes pour Hope et Satao, et sa détermination à dénoncer l’horreur du braconnage en Afrique. Sa passion pour la faune sauvage est d’autant plus admirable qu’il ne s’est jamais rendu là-bas. Les seuls éléphants et rhinocéros qu’il ait vus dans sa vie se trouvaient dans un zoo — quand il était enfant…

« Malheureusement, je ne suis pas encore allé en Afrique […] J’espère que cela va changer un jour et que je pourrai aller les voir en vrai. »

Je lui souhaite vraiment d’avoir cette chance ainsi qu’une reconnaissance plus large dans le monde de l’art, car il le mérite.

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© Pavel Cisarovsky – Satao, acrylique sur toile – Instagram 06-02-2018.

SOURCES ET PHOTOS

Pavel Cisarovsky

Satao

Hope


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