La conservation selon John Hume : chronique d’une mort annoncée ?

Une fois de plus dans « Les éditos de la Girafe », je souhaite vous faire partager mon analyse — ou tout au moins mon sentiment —  à propos d’une information que j’ai lue sur le Net. Révélée le 19 juin dernier par l’ONG Save the Rhino, elle a été relayée via l’excellent site de Keith Somerville (Africa Sustainable Conservation News). Étonnamment, elle a fait assez peu de bruit dans le monde de la conservation alors que le sujet a fait couler beaucoup d’encre jusqu’à il y a quelques mois encore, lorsque la première vente aux enchères de cornes de rhinocéros a été autorisée — sur le marché intérieur uniquement — par le gouvernement sud-africain.

John Hume, rhinos, farm, South AfricaAlors que la bataille entre les pro- et les anti-légalisation du commerce international de corne de rhinocéros fait toujours rage, sur le terrain comme dans les médias, on nous apprend que John Hume, le propriétaire de la plus grande ferme d’élevage de rhinocéros au monde, est sur le point de faire faillite…

Faisons un petit retour en arrière afin de comprendre pourquoi John Hume a tant fait parler de lui et comment il en est arrivé là.

De l’immobilier à l’élevage

Originaire de l’ancienne Rhodésie du Sud (Zimbabwe), John Hume est un homme d’affaires sud-africain âgé de 76 ans qui a fait fortune dans l’immobilier de tourisme. En 1992, il réalise son rêve de s’installer dans le bushveld pour y faire de l’élevage d’espèces rares ou menacées (ça c’est la version officielle) telles que des antilopes rouannes, des hippotragues noirs, des buffles et des rhinocéros. Ce faisant, il se prend de passion pour ces derniers.

En 2007, trois rhinocéros sont braconnés sur son ranch. C’est alors qu’il prend la décision de décorner son cheptel afin de le protéger des braconniers (raisons invoquées officiellement). (Il est important de préciser qu’à cette époque il était encore possible de vendre légalement de la corne dans le pays.) Cependant en Afrique du Sud, comme dans d’autres pays du continent d’ailleurs, le braconnage se met à croître de façon exponentielle.

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(https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/afrique-du-sud-le-nombre-de-rhinoceros-braconnes-en-baisse-en-2017)

Fin 2011 et début 2012, six autres rhinos sont tués sur sa propriété. John Hume se lance alors dans une vaste opération et déplace la plupart de ses rhinocéros à l’intérieur des terres, dans le nord-ouest du pays, afin de leur assurer une meilleure sécurité. Malgré cela, les 8 000 hectares du Buffalo Dream Ranch continuent d’être la cible des braconniers, qui y massacrent encore plus de quarante rhinocéros les années suivantes. Ces pertes peuvent sembler modérées en comparaison des celles qui ont globalement touché l’Afrique du Sud sur la même période, mais elles ne sont pas négligeables, d’autant plus si on les additionnent aux autres pertes (voir plus loin).

Le horn farming à la John Hume

Le décornage  technique quelque peu grossière ayant pour but de protéger les rhinocéros du continent africain — est de plus en plus utilisé par les propriétaires privés et les ONG. Dans le ranch Hume, c’est une pratique bien rodée qui n’a pas pour seul but de dissuader les braconniers de tuer les rhinocéros pour leur prélever la corne. Depuis des années, les cornes ainsi « récoltées », bien qu’invendables entre 2009 et août 2017, ont été soigneusement stockées et protégées comme des lingots d’or.

Lorsque l’on sait que le kilo de corne de rhinocéros se vend entre 60 000 et 80 000 dollars américains au marché noir, on comprend pourquoi cette matière première pouvait s’avérer hautement rentable en cas de légalisation du commerce, international notamment, puisque la clientèle potentielle est asiatique, et à quel point elle constituait un investissement.

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Transport des cornes sous haute sécurité, en fourgon blindé.

Ainsi, les rhinos de l’élevage sont amputés de leurs cornes tous les dix-huit mois environ, après fléchage d’un anesthésiant. Les deux repousses d’éperons récoltées sur chaque animal, pesant de 2 à 3 kilos, sont composées de la même protéine que les ongles ou les cheveux, dénuée on le sait de toute propriété médicinale : la kératine. Si la découpe est faite dans les règles de l’art, la corne se reconstitue au rythme de 5 à 10 centimètres par an. C’est sur ce principe d’exploitation durable que repose la  « mission de conservation » dont John Hume s’est investi.

En « conservant » des rhinocéros (blancs pour la plupart), Hume a également conservé leur production, qui après des années représente entre 5 et 6 tonnes de cornes. Il est actuellement propriétaire de 1 626 rhinocéros, dont environ 300 femelles gestantes, soit potentiellement 1 926 individus si tout se déroule sans encombre. Son cheptel n’est pas issu en totalité de l’élevage (reproduction), certains rhinos ayant été achetés, comme par exemple les 90 cédés par SANParks en 2013.

L’Afrique du Sud, qui compte plusieurs centaines d’éleveurs ou de propriétaires privés de rhinocéros, concentre 80 % de la population mondiale. Ces éleveurs sud-africains en possèdent à eux seuls 35 %. John Hume a dans son ranch 8 % des rhinocéros blancs de la planète.

Une sécurité qui a un coût

Sécuriser un ranch tel que celui de John Hume est une tâche à la fois complexe et coûteuse. Une grande superficie, un important cheptel d’animaux sauvages (en principe…) concentré et éparpillé à la fois, extrêmement convoité par des braconniers organisés et de plus en plus lourdement armés, sans parler de facteurs extérieurs tels que la corruption qui règne en Afrique du Sud comme dans la plupart des autres pays du continent africain, sont un challenge de tous les instants.

En faisant du horn farming à grande échelle, John Hume s’est lui-même mis à dos un défi quasi impossible à relever. Une telle entreprise nécessite des moyens colossaux, une véritable armée personnelle : gardes en treillis munis de fusils d’assaut qui patrouillent jour et nuit, une flotte de véhicules tout-terrain, hélicoptère équipé d’une caméra infrarouge, etc.

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Garde rapprochée pour rhinocéros décornés, pas toujours dissuasive.

À tout cela s’ajoutent évidemment les charges de personnel pour l’entretien courant du ranch et du cheptel (dont le décornage), les frais de vétérinaire et de nourriture des rhinocéros (végétation insuffisante compte-tenu de la concentration des animaux, épisodes de sécheresse de plus en plus sévères ces dernières années en Afrique australe).

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Avec une telle concentration d’animaux et la sécheresse, il n’y a presque plus rien à brouter. Agglutinés autour de leurs auges, les rhinocéros de John Hume attendent qu’on vienne les nourrir.

On estimerait à 400 000 dollars américains les frais de fonctionnement mensuels du Buffalo Dream Ranch, une somme astronomique impossible à supporter sur la durée.

La vente légale de corne, le combat de John Hume

Sachant cela, on saisit mieux pourquoi depuis des années John Hume ainsi que de nombreux autres propriétaires privés, membres de la Private Rhino Owners Association (PROA), ont fait pression pour obtenir la légalisation de la vente de corne de rhinocéros. D’une part parce que leurs entreprises d’élevage ne pouvaient être viables sur le long terme et d’autre part parce qu’ils espéraient obtenir enfin un retour sur investissement.

Il ne faut pas perdre de vue que la plupart de ces entrepreneurs ne se sont pas lancés dans l’élevage du jour au lendemain. Ils étaient déjà des professionnels de l’élevage d’espèces sauvages, transformées en marchandise pour être vendues à des zoos du monde entier, à des réserves pour du safari photo ou bien à des réserves où l’on pratique la chasse aux trophées. La vente de rhinocéros est aussi juteuse que celle des chevaux de course (un mâle se négocie autour de 20 000 euros, 25 000 pour une femelle). Je vous renvoie à l’édifiant documentaire Trophy ainsi qu’à Main basse sur la savane, dans lesquels il apparaît clairement qu’en Afrique du Sud, les notions d’élevage et de conservation ne vont pas franchement de pair…

Le commerce international de corne de rhinocéros est interdit depuis 1977 (sauf dans certains cas précis), conformément à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) dont l’Afrique du Sud est signataire. Lorsque les éleveurs — John Hume en tête — se sont « mis au rhinocéros », la vente de corne était autorisée sur le marché intérieur ; leurs élevages étaient rentables et l’avenir semblait financièrement prometteur. Aucun n’avançait comme justification à l’élevage de cette espèce sauvage une nécessité de conservation. Mais en 2009, ce qu’ils n’avaient pas prévu arriva et leur business plan s’écroula : un moratoire du gouvernement sud-africain stoppa net cet élan car un rapport révélait qu’une partie de la corne produite alimentait le marché noir.

Dès lors, Hume, conjointement avec un autre éleveur, engage une bataille juridique qui durera plusieurs années. Elle aboutit le 26 novembre 2015 à une suspension du moratoire de 2009 par un juge de la Haute Cour de Pretoria, mais un appel du ministère sud-africain de l’Environnement gèle provisoirement la décision. Hume finit par l’emporter en avril 2017, lorsque la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud confirme la suspension du moratoire pour des questions de procédure.

Corne, marteau et fiasco

Malgré les dernières tentatives du gouvernement pour empêcher la première vente aux enchères de cornes, tant espérée par Hume (sa situation financière est déjà préoccupante), celle-ci se déroule deux jours plus tard que prévu du 23 au 25 août 2017, au grand dam des ONG et autres défenseurs de la faune sauvage.

Ce sont en tout 264 cornes en provenance du Buffalo Dream Ranch, pour un poids total d’environ 500 kg, qui ont été proposées à la vente (sur Internet) par Van’s Auctioneers, dans le but de « débloquer des fonds pour financer la reproduction et la protection des rhinocéros ».

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Publicité trompeuse ? Ou bien certains lots n’étaient pas issus d’une coupe de corne dite « de conservation » pratiquée tous les 18 mois… La taille de cette corne de rhinocéros interroge sur le message qu’on veut faire passer réellement, à la vue de l’infographie diffusée avant la vente.

Il n’a pas été fixé de prix minimum pour les lots et il était nécessaire d’avoir un permis pour les acquérir, analogue à celui — également obligatoire — pour les vendre. Outre la communication faite avant la vente pour attirer des acheteurs, les enchères en ligne étaient non seulement traduites en anglais mais également en mandarin et en vietnamien… Là encore, ça interpelle : les cornes vendues étant destinées au marché sud-africain car interdites à l’exportation, pourquoi permettre à des Asiatiques de suivre les enchères ?

Quoi qu’il en soit, et bien que John Hume ait été moins prompt à communiquer après la vente qu’avant celle-ci (nombre et prix des lots vendus non dévoilés), il s’avère que les enchères ont été décevantes, de l’aveu même de Hume. Bien que leurs identités aient été tenues secrètes, peu d’acquéreurs se sont manifestés, ce qui n’est finalement pas très étonnant, les amateurs de corne de rhinocéros se trouvant essentiellement hors des frontières de l’Afrique du Sud.

Des ventes privées ont probablement eu lieu postérieurement dans l’espoir d’écouler les invendus. La seconde vente aux enchères, qui était programmée pour le mois de septembre 2017, a quant à elle été annulée.

Hume dans la tourmente

Un an plus tard, les finances de John Hume sont au plus bas. Il avait prévenu que son ranch ne pourrait tenir très longtemps sans des rentrées d’argent issues de la vente des cornes.

L’ONG Save the Rhino, qui a révélé la gravité de l’affaire, a passé en revue les options possibles dans le cas où Hume ne pourrait plus assurer seul la sécurité de ses rhinocéros.

  • Trouver un partenaire fortuné prêt à s’associer dans le Buffalo Dream Ranch, voire le racheter. Il est peu probable qu’un investisseur se manifeste dans l’immédiat, compte tenu du flop de la vente aux enchères de 2017 et dans l’attente des décisions de la CITES qui se tiendra à Colombo en mai 2019.
    Cependant, il existe un risque réel qu’un investisseur asiatique, chinois en particulier, essaie à terme de mettre la main sur l’élevage de Hume, ce qui serait catastrophique.
  • Une autre option serait que Hume diversifie ses activités : chasse aux trophées (mais les prix ont chuté pour le rhinocéros blanc, et ce n’est évidemment pas souhaitable…), se convertir au tourisme (mais le temps manque, le site du BDR ne s’y prête pas et les revenus générés seraient de toute façon insuffisants).
  • Une relocalisation provisoire ou définitive des rhinocéros dans d’autres élevages, dans des parcs nationaux ou des zoos ? Compliqué à mettre en œuvre, ces hébergements potentiels n’étant pas forcément en mesure d’accueillir plus de rhinocéros ni d’assurer leur sécurité. Qui plus est, les autres propriétaires privés, dont beaucoup ont soutenu John Hume dans son combat pour la légalisation de la vente, font également face au coût toujours plus élevé de la sécurité. Ils se font discrets semble-t-il, préférant diminuer leurs charges plutôt que de les augmenter…

Save the Rhino, comme d’autres ONG, n’a pas les moyens ni la vocation de prendre à sa charge les 1 626 rhinocéros d’élevage de Hume. Bien qu’elle espère vivement que des solutions soient rapidement trouvées, elle est engagée sur d’autres projets et consacre ses fonds en priorité aux espèces sauvages gravement menacées (rhinocéros noirs, de Java et de Sumatra).

Le modèle Hume et la conservation des rhinocéros

Telle est la situation de Hume à l’heure qu’il est. Qu’adviendra-t-il de ses rhinocéros, puisque la faillite du Buffalo Dream Ranch semble inéluctable ?

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Les rhinocéros d’élevage ne vivent pas dans les mêmes conditions que dans une réserve ou un parc national. (http://www.lefigaro.fr/sciences/2016/03/18/01008-20160318ARTFIG00106-les-cornes-d-or-des-rhinoceros.php)

Ce que l’on retient de tout ceci est que l’élevage intensif de rhinocéros à des fins commerciales n’est pas la solution pour sauver les rhinocéros qui restent encore à l’état sauvage dans la nature. J’en étais déjà intimement persuadée lorsque j’ai débuté ce blog il y a un peu plus d’un an et ces récentes évolutions ne contribuent évidemment pas à me faire changer d’avis.

Je ne listerai pas ici tous les arguments contre la légalisation de la vente de corne de rhinocéros, en les confrontant à ceux des pro-légalisation. Je vous renvoie pour cela à l’article synthétique du blog AFSA qui a été publié sur le sujet le 27 août 2017. Par ailleurs, je ne perd pas de vue que dans les partisans de la légalisation il se trouve également quelques acteurs de la conservation, pas que des éleveurs. J’aimerais simplement rajouter quelques remarques sur le horn farming à la John Hume :

  • Le décornage n’est pas efficace à 100 % pour dissuader les braconniers de tuer les rhinocéros, la repousse de corne restant convoitée même si elle est de petite taille.
  • La concentration de rhinocéros dans une zone réduite, qui a fortiori ne peut rester secrète, est une « invitation » au braconnage…
  • Légaliser la vente de corne de rhinocéros équivaut à valider un pouvoir de guérison de celle-ci qui n’existe pas.
  • Le marché noir n’était pas contrôlable avant 2009 à l’époque où la vente était légale. Il ne l’est pas plus aujourd’hui depuis que la vente de corne est de nouveau autorisée.
  • Hume a choisi d’élever des rhinocéros blancs et non des rhinocéros noirs, alors que ces derniers constituent une espèce beaucoup plus menacée à l’état sauvage. Pourquoi ? Quand on veut réellement faire de la conservation, on s’entoure d’experts et on cible généralement la faune la plus en danger. Si Hume s’est lancé dans l’élevage de rhinos blancs, c’est pour des raisons pratiques car ils broutent de l’herbe (les noirs mangent des feuilles d’arbustes) et sont moins agressifs.
  • La mortalité dans le cheptel n’est pas due qu’à des causes naturelles ou au braconnage. Il y a une autre cause, dont on a peu parlé, qui est la maladie : en 2014 une bactérie (Clostridium) a emporté 35 rhinocéros du Buffalo Dream Ranch et a également fait des ravages dans d’autres élevages. Un environnement saturé dû à la concentration d’animaux en serait la cause.
  • Dans le modèle Hume l’argent récolté ne bénéficierait pas aux rhinocéros à l’état sauvage mais uniquement à ceux de son élevage. C’est de surcroît un cercle vicieux, économiquement parlant, car plus le cheptel s’agrandit et plus le coût de la sécurité augmente.
  • Le horn farming transpose sur des rhinocéros le système d’exploitation qui est appliqué aux bovins. Ce n’est ni plus ni moins que de la domestication. Certains paramètres n’ont pas été pris en compte par Hume et les autres éleveurs : l’espace nécessaire au bien-être d’un rhinocéros n’est pas le même que celui d’une vache ; les facteurs environnementaux comme la sécheresse ou les dégâts occasionnés par un grand nombre de rhinocéros regroupés au même endroit ; les problèmes génétiques ou sanitaires qui risquent de survenir en transformant une espèce sauvage en une espèce domestique ; etc.

Revenons maintenant sur l’argument des pro-légalisation, à mon sens le plus pervers, qui voudrait que la cause du braconnage soit l’interdiction du commerce légal de la corne à partir de 2009. C’est une vision très simpliste, voire fallacieuse, qui néglige ou occulte sciemment les causes profondes du problème et ne tient compte que de ses conséquences. Et on sait bien qu’on ne supprime pas un problème sans s’attaquer à ses causes ; celles du braconnage sont plus globales et nécessitent par conséquent de prendre aussi des mesures globales pour les éradiquer.

Le braconnage en Afrique repose principalement sur trois éléments et les interactions entre ces éléments : la corruption, les mafias et le terrorisme. L’Afrique australe n’étant pas par sa situation géographique une zone où le braconnage est pratiqué pour financer des groupes armés ou terroristes, restent les mafias asiatiques et la corruption — les deux faisant bon ménage… La corruption est, on le sait, généralisée sur le continent (dans certains pays plus que d’autres). Quant aux mafias asiatiques, elles ont évolué au même rythme que la mondialisation économique et financière. Ces organisations criminelles fonctionnement comme des multinationales et ont su profiter de la dilution des frontières résultant de l’interconnexion des circuits financiers, en y fondant opportunément leurs capitaux illicites. Elles diversifient leurs activités et les délocalisent dans des pays plus laxistes pour échapper aux pays plus répressifs. C’est ainsi que « le loup est entré dans la bergerie ».

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Hume constatant les ravages du braconnage dans son élevage.

Lutter contre ces fléaux, en les attaquant à la racine, sous-entend d’étendre la répression  (contre les mafias et la corruption) et donc de faire preuve de courage et d’une réelle volonté politique de la part des États concernés, à savoir une tolérance zéro. Depuis des années, le Kenya a fait ce choix, qu’il s’agisse de la lutte contre le trafic d’ivoire ou celui de la corne. Après des années d’efforts, on commence tout juste à apprécier ses résultats sur la population de rhinocéros noirs, ce qui est encourageant et doit être poursuivi.

Évidemment, une solution unique et miraculeuse n’existe pas. Toutes les actions de conservation, dans le respect et l’intégrité des rhinocéros, sont nécessaires mais ne donneront pas de résultats durables sans un changement des mentalités — qui semble s’esquisser dans la communauté internationale — et la volonté de ceux qui gouvernent.

Je reste persuadée néanmoins qu’en Afrique du Sud ou ailleurs, les propriétaires privés ont un rôle à jouer dans la sauvegarde de ces espèces, mais pas dans des élevages, et encore moins dans des élevages gigantesques. Les réserves privées à vocation touristique (safari photo), plus faciles à sécuriser et moins risquées financièrement, sont des maillons incontournables dans le processus de conservation.

Bien qu’il ne fasse pas de doute que John Hume aime réellement ses rhinocéros, jusqu’au point de leur avoir consacré les économies de toute une vie, le horn farming intensif est à bannir. Il ne peut y avoir de modèle de conservation éthique et durable dans lequel l’animal est au service de l’homme plutôt que l’homme au service de l’animal.


SOURCES ET ILLUSTRATIONS

John Hume vers la faillite

Élevage des rhinocéros et vente aux enchères de la corne

En faveur du modèle Hume

La population de rhinocéros en Afrique du Sud

L’exemple du Kenya


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