La courte vie de Maarifa

Je prends l’avion après-demain pour Nairobi, un voyage attendu avec impatience car je ne suis pas retournée au Kenya depuis de nombreuses années et parce que ce pays cher à mon cœur me manquait. J’avais prévu de me rendre (enfin !) à l’orphelinat de la fondation Sheldrick pour rencontrer Sattao et Maarifa, les deux amours que je parraine.

Si vous connaissez Sattao, longuement évoqué dans l’un des articles de ce blog, vous ignorez probablement qui est Maarifa, n’ayant pas encore eu l’occasion de vous en parler — ce que j’avais l’intention de faire dès mon retour.

Je me faisais une joie de cette rencontre, vous n’imaginez pas à quel point. Seulement voilà, le sort s’est acharné une seconde fois sur Maarifa, un bébé rhinocéros blanc femelle qui faisait la joie de tous et mon bonheur lorsque je la regardais trotter, courir ou tout simplement faire la sieste sur les photos et vidéos postées par le DSWT.

Lundi dernier, le 25 mars, la petite Maarifa nous a quittés, foudroyée par un problème de santé qui l’a emportée en l’espace de trois heures seulement, laissant tous les soigneurs, le personnel de l’orphelinat ainsi que la famille Sheldrick dévastés, et moi avec…

Le fait que ce bébé rhinocéros ait intégré l’orphelinat de Nairobi ne résulte pas d’un acte de braconnage, comme c’est souvent le cas pour cette espèce. Maarifa a été retrouvée le 1er novembre 2018 dans le sanctuaire des rhinocéros du parc national de Meru, lors d’une patrouille de rangers. Elle était très jeune, née probablement dans les heures qui ont précédé, et était coincée dans une mare de boue. Malgré les efforts de sa mère pour l’en faire sortir, elle restait embourbée et aurait été condamnée si le hasard n’avait amené les rangers à cet endroit à ce moment précis. L’équipe sur place a cependant attendu un long moment avant d’intervenir, laissant à la mère de Maarifa – Makosi – une chance de sortir sa progéniture seule de la mauvaise posture dans laquelle elle se trouvait. Voyant que la situation n’évoluait pas favorablement, il a été décidé de sortir le bébé de la boue.

Puis l’équipe a aussitôt tenté de réunir Makosi et Maarifa, mais non seulement la mère s’était éloignée et semblait se désintéresser de son bébé mais la petite rescapée, pas farouche du tout et n’ayant plus sa mère dans son champ de vision, a immédiatement suivi ses sauveurs. Elle fut amenée en lieu sûr pour la nuit et réhydratée, avant une seconde tentative le lendemain pour la rapprocher de son groupe, sans succès.

La décision fut alors prise de la transporter en avion à l’orphelinat de la fondation Sheldrick, dans le parc national de Nairobi qui est également un sanctuaire protégé pour les rhinocéros blancs et noirs. Elle y passerait les premières années de sa vie en sécurité, choyée par des soigneurs attentionnés et en compagnie d’une ribambelle d’éléphanteaux et autres animaux recueillis après avoir été, eux aussi, sauvés d’une mort certaine.

La petite Maarifa (nom qui signifie « savoir » en swahili), bien qu’un peu agitée les premiers temps, était d’un caractère sociable malgré le traumatisme de la séparation d’avec sa mère. Elle s’est vite adaptée à ce nouvel environnement. Comme les éléphanteaux de la pouponnière, ses journées se déroulaient au rythme des biberons, des siestes, des câlins, des bains de boue et des promenades durant lesquelles elles prenait un malin plaisir à faire cavaler ses soigneurs. Haute comme trois pommes, elle était pleine d’énergie, à tel point qu’elle avait été surnommée « Pocket Rocket » par un internaute…

Elle ravissait tous ceux qui posaient le regard sur elle, un mélange de fragilité, de vigueur et de drôlerie à la fois.

J’ai appris son décès dans un mail envoyé par Angela Sheldrick le lendemain du drame. Maarifa a refusé de se nourrir à 6 heures lundi matin, alors que la veille elle allait bien et que la nuit s’était déroulée normalement. Elle semblait avoir un problème digestif. Un vétérinaire du Kenyan Wildlife Service a été appelé en urgence et un traitement administré. Malheureusement elle s’est éteinte à 9 heures.

Une autopsie a révélé qu’elle avait succombé à un choc hypovolémique.

Maarifa est partie rejoindre Sudan au paradis des rhinocéros.

Maarifa, Maxwell, DSWT, orphenage, rhinos, Nairobi, Kenya

Je garderai cette image en mémoire, car elle est à elle seule tout un symbole : la petite Maarifa, le bébé rhinocéros blanc qui rend visite à Maxwell, le rhinocéros noir adulte. Tous deux si différents et qui pourtant avaient tant en commun, à commencer par la menace d’extinction qui pèse sur leurs espèces respectives. Maxwell est retourné à sa solitude. Il a perdu sa toute nouvelle amie. Maarifa lui a passé le témoin en quelque sorte, car désormais mon parrainage se porte sur Maxwell, né aveugle et qui ne quittera jamais l’orphelinat de Nairobi.


SOUVENIRS DE MAARIFA


SOURCES ET ILLUSTRATIONS

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